RÉSISTEZ-VOUS À L’ASPIRINE ?

Il est loin d’être rare qu’une personne ayant souffert ou pouvant souffrir de maladie cardiovasculaire prenne une aspirine par jour pour avoir « le sang plus clair », dit-on en langage populaire.  Cette simple mesure, qu’utilisent beaucoup les médecins, réduit de 25% le risque que survienne un incident cardiaque.  Sauf que les cardiologues ont découvert un phénomène inquiétant : certaines personnes résistent à l’aspirine, et davantage celles souffrant d’obésité ou de diabète.  C’est-à-dire que sur elles, l’aspirine ne produit pas d’effet antiagrégant plaquettaire.  Elles se croient protégées alors qu’en fait, elles ne le sont pas.  Soulignons qu’il n’y a pas de demi-mesures : ou bien on est totalement résistant, ou on ne l’est pas.

Selon le docteur John Eikelboom, titulaire de la chaire de recherche du Canada en médecine cardiovasculaire à l’Université McMaster, 20% des infarctus, accidents vasculaires cérébraux et décès survenant au cours d’un traitement à l’aspirine s’expliquent par une résistance au vénérable médicament.  C’est beaucoup.  Et c’est pourquoi les cardiologues en discutent activement ces temps-ci.

Que faire?  Il faut d’abord prendre conscience que ce problème existe, et en informer son médecin, s’il n’est pas déjà au courant.  On risque d’être résistant surtout si un second événement cardiaque survient alors qu’on était sous traitement à l’aspirine.

Pour savoir si oui ou non on est résistant, le médecin peut prescrire un test sanguin.  La justesse des tests disponibles est cependant très inégale.  Selon la pharmacienne Chantal Pharand, chercheuse à la Clinique des facteurs de risque du Centre de recherche de l’Hôpital du Sacré-Coeur et vice doyenne aux études de la faculté de pharmacie de l’Université de Montréal, le meilleur test découvert à ce jour est l’agrégométrie optique.  Il n’est toutefois pas disponible partout.

Si le problème de la résistance à l’aspirine inquiète les cardiologues, c’est parce qu’un Canadien sur trois quitte ce monde en raison de maladie cardiovasculaire.  Même si le pourcentage de résistance est relativement faible (autour de 4% croit-on à ce jour), en chiffres absolus ça fait beaucoup de monde.

« Beaucoup de problèmes d’inefficacité viennent tout simplement d’une mauvaise observance du traitement », ajoute Chantal Pharand.   C’est pourquoi la première chose à faire, selon elle, c’est de prendre son aspirine de façon très régulière, tous les jours, sans en sauter, et idéalement toujours à la même heure.  Elle rappelle qu’il est désormais prouvé que le meilleur traitement consiste à prendre une faible dose d’aspirine (80 mg) tous les jours plutôt que, comme jadis, une dose complète (325 mg) aux deux jours. « Il ne doit jamais y avoir plus de 24 heures entre 2 doses, prévient-elle, puisque l’effet protecteur disparaîtrait. »

 

COUPER LA PILULE EN DEUX : UNE BONNE IDÉE ?

 

Avez-vous l’habitude de couper vos comprimés en deux ou de les broyer?  Couper un médicament n’est pas toujours une bonne idée.

Les deux demi comprimés peuvent ne pas être de la même taille ni du même poids, ni contenir chacun la moitié de l’ingrédient actif (qui est supposé être uniformément réparti dans la recette, mais ce n’est pas toujours le cas).  En d’autres mots, vous n’obtenez pas forcément la dose d’ingrédients actifs dont vous avez besoin.  D’autant plus que certains médicaments friables perdent plus ou moins de poudre quand on les coupe.  Une étude américaine a montré des écarts de dose atteignant 37% entre deux moitiés coupées par un groupe de personnes âgées, dont la moitié inexpérimentées avec le taille-pilules.

Libération lente

Plusieurs médicaments sont conçus pour se libérer lentement, comme un comprimé pour 24 heures, plutôt que 6 comprimés aux 4 heures.  C’est l’enrobage ou la structure chimique du médicament qui le fait se libérer lentement.   Quand c’est le cas, le médicament en porte généralement la mention : SR (system release), LA (long action), CR (controled release).  « La libération contrôlée a pour but d’éviter l’arrivée d’une dose massive dans le sang et ensuite la présence d’une dose sous-thérapeutique », explique le pharmacien Louis Cartilier, professeur à la faculté de pharmacie de l’Université de Montréal.  D’autres enrobages protègent le comprimé contre l’acidité de l’estomac.

Or, briser ces médicaments comporte parfois de grands risques, « par exemple la libération d’une dose beaucoup trop forte d’un seul coup avec des effets secondaires potentiellement dangereux, ou encore un ingrédient qui devient inactif dans le sang parce qu’il a été détruit par l’acidité de l’estomac », illustre Louis Cartilier.  Dan un cas comme dans l’autre, vous êtes mal soigné, voire parfois même en danger.

Chaque année, des médicaments mal utilisés envoient des milliers de Nord-Américains à l’hôpitlal… Ainsi, certains antibiotiques ne fonctionnent qu’à la condition d’en avoir une dose constante dans le sang.  Des médicaments potentiellement toxiques, comme le lithium, ou très délicats, comme les anticoagulants, doivent être absorbés à dose exacte.  En altérer la dose en les coupant peut mettre la santé en péril.